Juin.
Je tente de garder à distance les émotions qui se lèvent en lisant tous ces articles sur le don d'organes, le consentement, la mort, la conscience... et de ne pas mêler trop mon expérience de sa mort à mes réflexions qui se doivent de rester assez neutres, universitairement acceptables.Je suis une forcenée de l'intellectualisation...L'émotion reste tapie dessous.je me suis fixée comme objectif de commencer à écrire ce fichu mémoire en juin.On est en juin.. Je rédigerai l'introduction aujourd’hui, quoi qu'il arrive! Contrat avec moi-même.
Je me surprends à penser "Du temps d'Emmanuelle"...pour dater une situation...et ça me navre de sentir que j'accepte que ce soit devenu , aussi,un marquage temporel...
Je souffre moins.Je reste fragile.Je dois vivre une vie, pas celle que j’imaginais mais une vie... et aussi pour perpétuer sa mémoire et sa force de vie, à Elle...Que faire d'autre?C'est laborieux mais je m'y attelle.
Des images et des commentaires jusqu'à la nausée des obsèques de la petite Maëlys...au milieu de tout et n'importe quoi...je retiens que "c'est le pire qui puisse arriver à des parents", "qu'on ne se remet jamais totalement d'un tel drame mais qu'on peut vivre et rester du coté de la vie", '"qu'il y a une récupération possible, pas forcément une reconstruction", "que sa soeur aura besoin d’être accompagnée, SI et quand elle le souhaite"...
"Qu'avant sur le chemin du cortège il y avait des pleureuses qui exprimaient bruyamment le chagrin de tous...maintenant il faut de la dignité et de la retenue"
Les applaudissements m'ont surprise...
La vue du petit cercueil blanc m'a émue...
Il y a du pire dans cette mort d'enfant... Je me sens proche de sa maman , de ses parents,même si ce n'est pas la même mort...genre fraternité des endeuillés d'enfant...
Je pleure seule devant l'écran,des larmes mi pour Maëlys et sa famille, mi pour Emmanuelle et nous...Comme je pleure peu, ça me sert de soupape?Je m'identifie?Je contrôle moins l'émotion?
Je me rends compte que mes petits-enfants ne me voient jamais triste ou émue, je me tiens face à eux,toujours avec retenue et dignité... du coup ils ne mesurent pas mon chagrin et ne voient que celui de leur maman ou leur papa..."un peu triste parce que tata Manue, elle est morte".
Ce billet est foutraque.