Distraction, recomposition.

Publié le par Emmanne

 

La vie parvient à me distraire de ma peine depuis peu...la distraction est éphémère mais réelle .

S'approcher au plus près de ce qui pourrait ressembler au "bonheur" familial calme...
à condition d'avoir une très bonne amie qui prête ses clés pour squatter sa petite piscine
avec toute ma grande petite famille...fille et fils et leur progéniture...ça fait 10! (ça devrait/aurait dù faire 11,12 ou 13...une belle grande famille en mieux!)

11: Emmanuelle

12: son chéri

13: leur bébé (futur virtuel)
mais un vrai joli moment ensemble... puis en soirée un long appel de ma grande fille...
Voilà ...la journée fut belle...

Le demain a été cool aussi et le aujourd’hui pas mal non plus... 3 jours d'embellie dont je profite à fond...
Je sais trop qu'après les grands creux abyssaux les accalmies surviennent toujours...
et que ça se paye toujours..
même si c'est de moins en moins cher payé de vivre dans les interstices du deuil aiguë, dans les pointillés de mes vies superposées...

Des jours "normaux "en famille, quasi...,chagrin sur pause durable, sans sourire surjoué, sans prix à payer après, sans nostalgie démesurée ni vague culpabilité...

Bien sûr des larmes... un peu, Elle manque,après, seule...

Des larmes au cimetière, malgré des obsèques toutes proches, 4 personnes debout devant une tombe, un officiant et un retardataire qui court tandis que je sors, tristement humide des yeux.La valeur du mortel ne se mesure toujours pas au nombre d’affligés présents...

Si je me cogne un genre d’Alzheimer,dans ma vieillesse, je veux pouvoir dire pouce/stop avant la dissolution totale de l'esprit... Sale pensée au confluent de l'annonce de la mort prochaine de ma marraine, Alzheimerisée au dernier degré.. et d'un oubli anodin qui m'angoisse brusquement ...Le destin des morts c'est l'oubli, je le sais depuis le début de cette tragique aventure au pays du deuil intense, je me dresse intérieurement contre cette prophétie auto-réalisatrice programmée.Si je l'oublie, Emmanuelle meurt une seconde fois...

Tout le monde meurt et est oublié à un moment...

Je repense à la vaillance du jardinier-paysagiste qui avait tant impressionné Emmanuelle, se mourrant d'un cancer, travaillant encore par passion, se reposant quelques minutes sous la tente de la croix rouge et lui délivrant une belle leçon de courage et de vie, jusqu'au bout...Le travail comme valeur essentielle?Moi, malade, je crois que je stopperai le travail, si l'échéance est connue,pour... me consacrer à l'essentiel... mais quel essentiel?

Je repense à mon père dont je n'ai encore pas intégré la mort. Je parle encore de la maison de mes parents...

Je pense à Sophie dont j'ignore le lieu final.Sa mort m'est connue mais reste une réalité flottante en l'absence de lieu identifié. La mort marquée dans l'espace et dans le temps facilite la représentation de l'impensable?Je le crois...

Je pense à Daniel, disparu en mer, sa mort m'est longtemps demeurée une fiction...pas de date, pas de corps, pas de sépulture...

Depuis toujours trop attachée à l'immuable, au connu...j'ai toujours eu besoin de temps pour m'adapter aux changements...La présence de ma fille dans ma vie était une évidence immuable, son absence est incroyablement  étonnante, sa mort une surprise traumatique.Chaque jour, j'ajuste mon paysage mental à cette information :Emmanuelle est morte et ce sera comme ça tous les jours à venir...un jour et encore un jour et un autre jour et comme ça jusqu'à la fin des temps,de mon temps...Ce paysage se recompose lentement autour de la déchirure, de la faille, du cratère béant.Je suis une femme recomposée .Explosée, décomposée, recomposée...

 

 

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Publié dans Blog de Deuil

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A
Comme Faïk je pense que nos chers enfants disparus seront toujours présents et cela pour l'éternité. Emmanuelle traversera les âges toujours dans sa belle jeunesse. Rien ne pourra l'altérer. Affectueusement.
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E
Sa "présence" au milieu de l'absence ne me suffit encore pas...<br /> je ne m'en contente pas, je voudrais plus.. tellement plus...<br /> je crois que j'ai le deuil ralenti...<br /> et son inaltérable jeunesse me brise plus le coeur qu'elle ne me console...
F
Le destin des morts c'est l'oubli...<br /> <br /> La distraction ne sonne pas toujours comme une soustraction, comme si après avoir perdu nos vivants nous était ôté nos morts ... qui se dilueraient dans l'oubli …<br /> <br /> Ils ne sont peut-être plus dans la vitrine de nos vies, au vu et au su de tout le monde, mais je les crois bien présents dans notre arrière-boutique solitaire, terriblement présents, incroyablement présents … inoubliables … Alzheimer est d'abord l'oubli de soi-même, pardonnons-nous ...<br /> On peut penser que cela ne vaut que pour les disparus de notre génération ... <br /> A ma petite manière je pense à ceux qui étaient bien avant moi : les archives, les vieux papiers, les photos en sépia, les tombes où poussent les herbes folles … pour un moment ils sont de nouveau là.<br /> J'ai quant à moi oublié bien des vivants …<br /> <br /> Nous n'oublions pas Emmanne, nous n'oublierons pas.
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E
ils y sont incroyablement bien présents...je veux bien le penser avec toi...mais<br /> La clé de mon arrière boutique solitaire est égarée...<br /> la porte gardée par un sphinx au sourire impénétrable, à la question impossible...<br /> <br /> "La distraction ne sonne pas toujours comme une soustraction, comme si après avoir perdu nos vivants nous était ôté nos morts ... qui se dilueraient dans l'oubli …" écris tu si pleine de sagesse...quand je me distrais de mon chagrin j'ai la sensation de m'y soustraire , momentanément puis d'y replonger , douloureusement ...Le soleil noir du deuil a éteint tous les soleils d’avant...
E
"comme si après avoir perdu nos vivants nous était ôté nos morts ... qui se dilueraient dans l'oubli …"ben oui, c'est ça.. tout à fait...<br /> <br /> Bien sûr que moi, je ne l'oublie pas.....<br /> Bien sûr aussi que moins y penser, moins en souffrir...affadit l' absence...<br /> Bien évidemment que certains vivants sont bien plus disparus de ma vie, qu'Elle...<br /> et c'est la transformation en morte intérieure qui ne se fait pas, chez moi...pas de place...tout est pris par la vivante-qui-manque...<br /> <br /> Une génération et demi suffit à l'oubli...c'est comme ça.